La première gorgée d’eau fraîche
15 mai 2010
«Enfin nous arrivâmes heureusement à Tombouctou, au moment où le soleil touchait à l’horizon. Je voyais donc cette capitale du Soudan, qui depuis si longtemps était le but de tous mes désirs.
En entrant dans cette cité mystérieuse, objet des recherches des nations civilisées de l’Europe, je fus saisi d’un sentiment inexprimable de satisfaction. Je n’avais jamais éprouvé une sensation pareille et ma joie était extrême.»
Lorsque je passai enfin les portes de Tombouctou, ma joie ne fut pas aussi vive que celle qu’avait connu René Caillié 180 ans avant moi. Moins de souffrances, moins d’endurance, moins de privations. Pour autant, le sourire qui illuminait mon visage barbu en disait long sur mon bonheur: «J’y étais enfin!» Tombouctou, la cité mystérieuse était là, devant moi.
Cependant, après six jours et cinq nuits de sardines à l’huile, d’eau chaude et de nuits blanches, ma satisfaction était portée, je le dis sans honte, non par la découverte de cette ville mythique, mais par des motifs beaucoup plus pragmatiques que ceux de mon illustre aîné. Ni visite, ni découverte en tête mais la seule volonté de boire un verre d’eau glacée.
Assis à une table de l’hôtel Bouctou, je passe commande: «Une bouteille d’eau minérale glacée!»
La première gorgée d’eau fraîche est un plaisir majuscule* pour l’assoiffé que je suis. Elle provoque un sentiment d’accomplissement intense. Un bonheur indescriptible. Après cela, la visite peut commencer!
* Référence au livre «La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules», de Philippe Delerm.
