Cap sur la Venise africaine
11 avril 2010
Après une dizaine de jours passés à Dakar, le moment est venu de quitter la capitale. Direction Saint-Louis du Sénégal, parfois surnommée la Venise africaine – même si je ne vois guère de similitudes entre les deux villes.
Levé à 5h45, départ de la maison à 6h30, la journée sera longue. Depuis HLM Grand-Yoff, j’emprunte un car N’Diaga N’Diaye jusqu’à la gare routière de Dakar. Là, une bonne centaine de taxis-brousse attendent leurs clients. Ce sont de vieilles Peugeot 505 break et plus rarement des 504. Il y en a tellement qu’il me semble que toutes les 505 ont été exportées ici, afin de finir leur vie au soleil.
Au milieu de toutes ces voitures garées sans ordre apparent, j’en trouve une qui prend la direction de Saint-Louis. A l’origine, les Peugeot 505 ont été conçues pour transporter sept personnes: deux à l’avant, trois au milieu et deux à l’arrière. Mais, les taxis-brousse ne partent que lorsque sept clients, donc huit personnes, sont installés. Gare à ceux qui se retrouvent tout à l’arrière! Evidemment, arrivé en dernier, j’hérite de cette place bien peu confortable. Le voiture démarre.
Les taxis-brousse ont l’avantage, par rapport aux minibus qui desservent également les deux villes, de ne pas s’arrêter en chemin. Inconvénient, ils sont plus chers (4’500 francs, contre 2’500) et pas forcément beaucoup plus confortables. A trois sur la banquette arrière, nous sommes obligés de nous contorsionner pour tous tenir. Ma tête tape alternativement contre la taule rouillée du toit et la fenêtre. Déjà, mes jambes trop repliées me font mal.
Après Rufisque, la voiture s’engage sur la nationale 2. Cette route qui relie Dakar à Saint-Louis (250 kilomètres) est en très bon état. Tout en bouclant sa ceinture de sécurité, le conducteur pousse son vieux moteur jusqu’à 100 – 110 km/h. J’aimerai également m’attacher, mais il n’y a pas de ceintures à ma place.
Derrière les vitres, le paysage n’est plus urbain: de vastes étendues herbeuses parsemées d’acacias, de rôniers et de baobabs s’allongent à perte de vue. De temps à autre, le taxi traverse en trombe un village bâti le long du ruban d’asphalte, avant de reprendre sa course folle à travers la savane. Bercé par le ronron du moteur, je m’endors.
D’un coup je suis projeté contre la banquette devant moi. Le conducteur vient de piler pour éviter un troupeau de chèvres qui traversent la route. Mais les freins ne suffisent pas et le voici obligé de jeter le véhicule sur le bas-côté pour éviter la collision. Après cet incident, je n’arrive plus à m’endormir. Le danger semble pouvoir venir de partout. A chaque village, nous frôlons des enfants qui jouent au bord de la route. Dans chaque ligne droite des animaux hésitent à traverser devant nous. A chaque dépassement, nous nous retrouvons en face à face avec d’autres véhicules. Je comprends mieux pourquoi le chauffeur a écrit à l’arrière de sa 505: «Bonne chance».
Après 4 heures de voyage, nous arrivons sain et sauf à la gare routière de Saint-Louis. Située à environ deux kilomètres du centre ville, cette gare n’est pas un endroit où s’attarder. Les vendeurs et autres talibés (des enfants mendiants) se jettent sur les toubabs pour leur soutirer 100 francs. Je saute dans un car rapide sans attendre. Il me dépose au pied du fameux pont Faidherbe qui chevauche le fleuve Sénégal.
Construit en 1897, ce pont mythique long de 507 mètres est désormais une épave. Ses arches en fer, complètement rouillées ne semblent plus tenir que par miracle. Unique point de passage vers l’île historique de Saint-Louis du Sénégal, il accueille aussi bien les véhicules que les piétons. Depuis 2007, Eiffage Sénégal (filiale du groupe français du même nom) s’active pour le restaurer, sans que les effets ne soient encore visibles. Pour moi, le pont Faidherbe est un peu à l’image de Saint-Louis: une ville magnifique tombée en ruine, dont la rénovation ne fait que commencer.
Passé le pont Faidherbe, je m’engage sur le quai Henri Jay qui longe le fleuve. L’atmosphère est paisible. Très habitués aux touristes, les Saint-Louisiens me saluent avec beaucoup de gentillesse: «Vous êtes le bienvenu à Saint-Louis!» A l’extrémité de l’île, je regarde les pirogues partir défier la mer, puis je remonte à contre courant l’avenue Abdoulaye Mar Diop. Dans le fleuve Sénégal, des enfants se baignent au milieu des pirogues. L’eau est sale, les berges couvertes de détritus. A côté d’un vaste entrepôt colonial complètement rénové, une sorte de petit bidonville s’étend à l’extrémité sud de l’île.
Au XVIIe siècle, Saint-Louis était le point de départ des expéditions coloniales vers le centre de l’Afrique. Portée par le commerce d’esclaves et de la gomme arabique, la ville s’est richement développée jusqu’à la fin du XIXe, devenant même la capitale de l’Afrique occidentale française (AOF) en 1895. Mais la fin du commerce des esclaves met fin à la «belle» histoire. Détrônée par Dakar sur le plan commercial et économique, la ville sombre au XXe siècle.
De son passé colonial, Saint-Louis a gardé de magnifiques bâtisses. A chaque fois que je m’y ballade, je reste émerveillé. Mais accrochés aux façades plus ou moins décrépites, les balcons en fer forgé menacent de s’effondrer. La ville n’a plus son lustre d’antan. Pour la préserver, l’Unesco a classé Saint-Louis au Patrimoine mondial en 2000. Par ailleurs, la région Nord-Pas-de-Calais et le Fonds européen de développement ont lancé de lourds travaux de rénovation. Au milieu de ses propres ruines Saint-Louis renaît enfin.


Ah Saint-Louis, la ville ou même les ruines peuvent être encore belles … j’y serai bien resté plus longtemps, d’ailleurs… tu devrais tomber pas loin du festival de Jazz? c’est pas au printemps ?
et pour les taxis-brousse … je compatis La seule façon de pas baliser en permanence, c’est de déréaliser :-/
Bonjour Bertrand
Je viens de découvrir ton beau voyage à travers l’ouest africain. Bravo !
Blog intéressant et bien édité. Félicitations.
Et maintenant ?
Bien à toi.
Olivier Souleymane
http://africamix.blog.lemonde.fr