«Derrière chaque homme, il y a une femme»

28 juin 2010

«J’espère vraiment que ça va te plaire.» Jean-Paul Sanou est inquiet. Les doigts nerveux, il sort de son sac un DVD, me le tend presque en tremblant: «Voilà, c’est notre premier clip. Il va bientôt passer à la télévision burkinabaise. J’espère vraiment que ça va te plaire.»

«J’espère aussi. Tu as un lecteur DVD?» «Non, je pensais qu’on pouvait le lire sur ton ordinateur…» «Il n’y a pas de lecteur de CD sur mon ordinateur!»

Stupides, nous nous regardons Jean-Paul et moi, le disque inutile entre les mains. Je demande: «Comment allons-nous faire?» Parfaitement cintré dans sa chemise blanche, Jean-Paul plisse le front.

Du haut de ses 32 ans, , il fait beaucoup moins que son âge. Je lui aurais donné 25 ans au plus.

«Il y a une petite boutique d’électronique à côté, ils auront peut-être un lecteur…» «OK, je termine ma bière et on y va.»

Cinq minutes plus tard, nous déambulons dans la rues de Bobo-Dioulasso. Evidemment, la boutique est un peu plus loin qu’annoncée. Mais aux côtés de Jean-Paul, le temps n’a pas vraiment d’importance. D’ailleurs, je ne suis pas pressé.

Je l’écoute me raconter de sa douce voix l’histoire de son groupe. «En me comptant, nous sommes six à jouer, plus des choristes qui nous accompagnent sur plusieurs morceaux. Nous avons commencé à jouer ensemble en 2005. Maintenant, nous donnons de nombreux concerts au Burkina. On ne gagne pas encore beaucoup d’argent, mais je crois beaucoup en ce premier CD. Il faut vraiment que tu voies le clip. Tu sais, il y a vraiment beaucoup de musiciens ici, alors c’est très dur de percer. Mais j’y crois vraiment.»

Nous arrivons devant la boutique. Derrière la vitrine, un amas hétéroclite de télévisions, chaines Hi-fi, lecteurs DVD, enceintes, etc, s’amassent sans ordre apparent, les uns sur les autres et les autres sur les uns.

Après avoir demandé au propriétaire des lieux, Jean-Paul enfourne le DVD dans un lecteur. Je vais enfin voir ce fameux clip.

«Erreur de chargement»

L’appareil ne veut ou ne peut pas lire le disque. Jean-Paul soupire. Pas découragé, le vendeur déballe de ses cartons un autre lecteur. Deuxième essai, même constat. «Où as-tu fais faire ce DVD?», demande le vendeur. «Chez les Chinois.» «Je sais pas ce qu’ils ont fait, mais en tout cas, je ne peux pas le lire ici…»

Jean-Paul a l’air dépité. Je soupire. «Bon, si on ne peut pas voir le clip, tu as quand même la chanson en CD. On peut juste l’écouter», dis-je d’une voix sombre. Jean-Paul fouille dans son sac à dos et en sort une autre rondelle, sans boite ni protection.

«La chanson s’appelle Vôrôssié, ce qui veut dire maman en langue Bobo. Nous sommes tous nés d’une mère, ce qui fait que derrière chaque homme, il y a au moins une femme; Pour mon premier titre, j’ai voulu écrire pour ma mère et pour toutes les autres femmes.»

Les premières notes raisonnent dans la petite boutique. «J’ai voulu mélanger les instruments traditionnels et modernes, m’explique Jean-Paul. Mon souhait est de promouvoir la culture burkinabaise dans le monde, tout en l’ouvrant aux sonorités modernes.»

Il ferme les yeux. Dans les enceintes, sa voix vibre au rythme des percussions. Il se confie: «Ma mère et ma sœur m’ont quitté trop tôt. C’était vraiment important pour moi de leur rendre hommage, ainsi qu’à toutes les femmes.»

«Et quels sont les sujets de tes autres chansons?» «Il y a un titre qui s’appelle «Aventure». Il explique que l’eldorado ne se trouve pas forcément en Occident et que si tu pars là-bas et que ça ne marche pas, il ne faut pas hésiter à rentrer au pays pour contribuer au développement de celui-ci.

Il y a également une chanson qui se nomme «Gnama gnama», ce qui veut dire «Poubelle, poubelle». Les paroles disent en gros que quand tu n’as pas de moyens, les gens te considèrent comme une ordure. Mais il ne faut pas baisser les bras. Je suis passé par ce stade et aujourd’hui je m’en sors. J’essaye à travers mon exemple de redonner confiance à ceux qui n’ont rien.»

Ecouter Vorossié, le premier titre de Jean-Paul Sanou

  • Jul dit :

    Et lycée de Versailles…

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