Lorsque les femmes prennent les choses en main
24 juin 2010
Perdu au milieu de nulle part en périphérie de Ziguinchor, l’usine de production de vinaigre de mangue, Waaré Productions, a fière allure. Des locaux flambants neufs pour une activité en devenir.
Madame Ndéye Coumba Sagna Dramé, directrice et responsable commerciale de cette petite unité de production, me reçoit chaleureusement: «Soyez le bienvenu!»
A l’intérieur, les locaux sont d’une grande propreté. Un énorme tas de mangues trône dans l’entrée dans au coin d’un mur. Elles seront lavées trois fois avant d’être transformées en vinaigre.
Dans la pièce suivante, d’énormes bidons noirs s’alignent parfaitement. «Ils servent à la fermentation, m’explique Madame Dramé. La transformation en vin de palme dure environ 21 jours, puis lors d’une deuxième phase, la fermentation acétique permet d’atteindre 6°.»
Plus loin, quelques femmes travaillent en rigolant autour de la machine à embouteiller. Leur emploi résulte de l’initiative de quelques femmes oeuvrant pour la paix en Casamance.
La rentabilité d’ici trois ans
«La guerre en Casamance a duré 27 ans, raconte Ndéye Coumba Sagna Dramé. La région a beaucoup souffert de ce climat difficile. Des familles ont été déplacées, des zones pourvoyeuses de denrées alimentaires rendues inaccessible par la présence de groupes armés et les investisseurs ont fuit la région.
Résultat: le chômage et la pauvreté ont beaucoup augmenté. Or pour que la paix dure, il faut que les gens disposent d’un emploi et de quoi vivre. Un groupe de femmes a donc décidé de se lancer dans l’aventure entrepreneuriale en créant d’une part le Comité régional de solidarité des femmes pour la paix en Casamance (CRSFPC/Usoforal) et d’autre part le Groupement d’intérêt économique (GIE) Waaré productions.»
Waaré productions valorise le surplus de mangues, ressource naturelle de la région, qui pourrissent généralement dans les plantations, en les transformant en vinaigre de mangue. «Entre 2005 et 2009, nous étions en phase de développement de notre produit, en coopération avec le pôle technique agroalimentaire (ITA). Depuis fin 2009, grâce au soutien financier de la Coopération française, la phase de commercialisation a réellement débuté, avec une production qui atteint 23’000 litres par an.»
Pas encore suffisant pour que l’entreprise soit rentable, mais «nous espérons parvenir au seuil de rentabilité d’ici trois ans», souligne Madame Dramé.
Quoiqu’il en soit, la structure permet déjà d’employer quatorze femmes (sept permanentes et sept temporaires) et un homme (le gardien!). Sept boutiques à Ziguinchor et trois à Dakar, commercialisent le vinaigre de mangue produit par Waaré productions. Mais le véritable débouché du produit est clairement à l’exportation. «Notre vinaigre est un produit cher, commercialisé autour de 1’000 FCFA le litre (moins de 1,5 euro, Ndlr), quand les vinaigres classiques se vendent 300 à 500 FCFA le litre.»
GIE Waaré Productions BP483 Kenya Ziguinchor, Sénégal waareproduction@gmail.com (+221) 33 992 14 09
