En attendant le roi
23 juin 2010
Au temps des colonies, l’administration française a mis fin à toutes les chefferies traditionnelles qui existaient dans les communautés africaines. Toutes? Non! Car à Oussouye, un village peuplé d’irréductibles africains, trône encore un souverain: «le dernier roi animiste du Sénégal», selon mon guide.
Ici, les légendes racontent que chaque femme que le souverain touche avec son balai -l’équivalent du sceptre occidental- devient automatiquement sa femme ou encore que le roi ne peut manger ou boire en présence d’une autre personne.
Bref, l’opportunité de découvrir la culture africaine de la bouche même du roi attise ma curiosité journalistique. Mais, comme le précise mon guide, «rencontrer le roi ne s’improvise pas comme ça» et, comme me le répète Doudou, «c’est un grand honneur d’avoir une audience avec Manë (autrement dit sa majesté, Ndlr).»
Grâce à l’aide bienveillante de Koumanibo, premier adjoint du roi rencontré à Ziguinchor, j’obtiens assez facilement une entrevue. Rendez-vous est pris pour 10 heures le lendemain.
En attendant, je me renseigne et prépare mon interview: Oussouye, village paisible situé à mis chemin entre Ziguinchor et Cap Skirring, serait le village qui reçoit la plus grande quantité de pluie du pays. Si le catholicisme est la religion officielle puisque 99% des Oussouyois portent des noms chrétiens, l’animisme est omniprésent comme l’atteste le culte voué au roi qui dirige les rites animistes.
Le lendemain, vers 9 heures, nous débarquons à Oussouye avec Doudou, .
J’appelle Koumanibo afin qu’il m’introduise à l’heure dite dans le bois sacré où réside le roi. «Maintenant, ce n’est pas possible, me répond-il. Rappelle moi vers 13 heures.»
Contre mauvaise fortune bon cœur, je profite de ce report de quatre heures pour visiter d’Oussouye. Au hasard des rues et des ruelles, je découvre des arbres fromagers immenses côtoyant des lianes et des manguiers géants.
Nichée au milieu d’un environnement forestier et de savane arborée, cette ville de moins de 5’000 habitants, se caractérisent par des bâtiments de petite taille, éparpillés autour de l’axe central reliant les centres économique (Ziguinchor) et touristique (Cap Skirring) de la Casamance.
Comme beaucoup de villes en Casamance, Oussouye possède son campement villageois. Il s’agit d’un hébergement traditionnel destiné aux touristes, construit et géré par des habitants. Une sorte de tourisme intégré et responsable qui existe depuis les années 1960 en Casamance. L’occasion pour moi de découvrir une case à Impluvium et des cases à étages, caractéristiques de l’habitat traditionnel de Casamance.
Les cases à Impluvium sont particulièrement impressionnantes: à l’inverse des maisons classiques, le toit est incliné vers l’intérieur, permettant la récupération de l’eau de pluie au centre du bâtiment dans un grand réservoir ressemblant à une fontaine.
Il est 13 heures: je rappelle Koumanibo, mais sa réponse est identique: «Maintenant, ce n’est pas possible. Rappelle moi vers 16 heures.»
La longue attente reprend. Avec Doudou, nous déambulons le long de la route, à la recherche d’un bar où nous reposer. Le goudron est bordé d’arbres bien alignés, emblèmes de la France coloniale.
Vers 16 heures, je sors à nouveau mon téléphone. Koumanibo répond, il a l’air désolé: «Nous sommes encore en réunion. Rappelle vers 18 heures!»
Cette fois c’est trop: 11 heures d’attente, ma culture occidentale ne le supporte pas! Je raccroche et saisis Doudou par le bras: Maintenant, on y va. Tant pis pour le roi.
Nous prenons le chemin de la gare routière. En marchant, Doudou essaye de me convaincre: «Tu sais en Afrique, c’est comme ça. C’est tout à fait normal d’attendre avant de voir le roi.» Mais ses arguments ne touchent pas, ma colère ne désemplit pas.
Arrivés à la gare routière, nous attendons à l’ombre d’un acacias qu’un improbable véhicule se présente. Assis ou debout, cigarette à la main ou pas, je fulmine.
C’est alors qu’une main se pose sur mon épaule. Je me retourne violemment. Devant moi se tient Koumanibo. «Maintenant, nous pouvons y aller, me dit-il. Le roi vous attend.»


Tu aurais pu profiter des 11h d’attente pour faire une photo des cases à Impluvium…