Le fol espoir

23 juin 2010

Pour ce qui restera comme le dernier match des Bleus dans la coupe du monde, le bar de l’Institut français Léopold Sédar Senghor (IFLSS) a fait le plein. Sous l’oeil des caméras, les spectateurs attendent le dernier round de Raymond.

Les tables sont pleines, les têtes se succèdent au comptoir, assis ou debout, les spectateurs ont les yeux rivés sur l’écran. Ca discute beaucoup autour des pressions.

La population est en grande majorité blanche, même si quelques têtes noires émergent ici ou là. Dans les assiettes, pas de Tieboudienne, de Yassa ou de Mafé, mais plutôt des entrecôtes saignantes.

Il faut dire, comme m’expliquait une expatrié française à Ziguinchor, «lorsque l’on se rend à l’Institut français, il ne faut surtout pas manger sénégalais. Ils cuisinent les plats sans épice, c’est fade à mourir. En revanche, leurs plats français sont excellents.»

Fort de ce conseil, je me laisse séduire par une entrecôte, frites, sauce au poivre, accompagné d’une grande Flag.

Il est 14 heures (16 heures en France). Sur l’écran géant prévu à cet effet, le match débute. Une entame volontaire des Bleus, à défaut d’être géniale, ponctuée par la bonne occasion de la doublette Gourcuff – Gignac.

Bon, il faut être clair: personne ne croit à la qualification, mais «ce serait quand même bien de gagner parce qu’en ce moment c’est la honte d’être français au Sénégal», souligne mon voisin de table. J’acquiesce. Il ne se passe pas un jour sans qu’on me commente l’actualité des Bleus. Il faut dire qu’ils l’ont bien cherché.

Pour la Coupe du monde, l’institut français a vu les choses en grand avec une diffusion de l’intégralité des matchs via un rétroprojecteur.

Créé en 1959, l’IFLSS a pour mission de diffuser la culture française au Sénégal et réciproquement d’assurer la promotion de la culture sénégalaise – le fameux «dialogue des cultures» cher à Léopold Sédar Senghor. Outre une programmation culturelle riche déclinée dans sa galerie d’exposition (300 m2), sa salle de cinéma (120 places), son théâtre de verdure (800 places) et sa médiathèque, l’Institut dispense des cours de langue (français général, français langue étrangère, alphabétisation, ateliers de spécialisation) et permet de valider les certifications d’organismes internationalement reconnus (CIEP, CCIP).

Sur l’écran, les choses se compliquent pour les français: premier but sud-africain et expulsion de Yoann Gourcuff, tout cela avant la mi-temps. Le match est bouclé.

Si sur l’ouverture du score, les applaudissements de la communauté noire pleuvent, il n’en ai rien après l’exclusion. Même les sénégalais sont dépités par le triste spectacle offert par les Bleus depuis une semaine.

«Tu sais, m’expliquait Padien il y a quelques jours, la relation entre les sénégalais et l’équipe de France est épidermique. Certains la soutiennent, d’autres la détestent, mais il y a toujours un lien très fort. Bon, c’est vrai que depuis le départ de Zidane, il n’y a plus beaucoup de soutiens. Cette équipe est devenue difficile à aimer.»

Et Padien de tordre le coup à une autre idée reçue: «Tous les africains ne supportent pas les équipes africaines. Moi par exemple, je déteste le Cameroun et l’Algérie. Quelque soit l’équipe qui joue contre eux, je la supporte. Ce n’est pas parce que je suis africain que je dois soutenir une équipe africaine. Les européens ne soutiennent pas toutes les équipes européennes que je sache. C’est pareil ici.»

Sur l’écran, les Bleus encaissent un nouveau but un peu ridicule. Désormais, mêmes les têtes blanches commencent à soutenir l’équipe sud-africaine. Un fol espoir naît: si les Bafana Bafana passent quatre ou cinq buts à la France, ils peuvent encore passer le premier tour. On se met à rêver d’une débâcle intégrale de notre équipe nationale.

Dans l’assistance, une journaliste et son caméraman interviewent les gaulois dépités. La déroute française passionne et le but pour l’honneur de Florent Malouda n’y changera rien. Il met juste fin au fol espoir des Bafana.

Je termine mon entrecôte saignante qui, il faut le dire, était excellente.


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