Bignona, une ville endormie
21 juin 2010
«Située au carrefour de la Transgambienne et de la route pour Banjul et les plages d’Abéné et Kafoutine, Bignona est une petite ville sans intérêt particulier, mais on peut y manger et y dormir en cas de besoin.»
Encore une fois, mon guide résume une ville d’une manière un peu lapidaire.
Pourtant, il s’avère agréable de flâner dans les rues de Bignona.
Au travers de ses places, bâtiments et ruelles, cette bourgade de 30’000 habitants raconte une histoire du Sénégal. Les gens y sont agréables et accueillants, l’atmosphère alanguie, presque endormie.
L’histoire de Bignona débute au XIXe siècle avec l’établissement par les colons français d’un poste militaire. Carrefour routier entre Banjul, capitale de la Gambie, et la Guinée-Bissau, la ville se développe au début du XXe siècle, jusqu’à devenir plus importante que Ziguinchor située à seulement 30 kilomètres.
Aujourd’hui, il n’en est plus rien. Grâce à son port et à son aéroport, Ziguinchor est devenue la ville la plus importante de la Casamance avec ses quelques 130’000 habitants. Dans le même temps, Bignona s’est rangé au simple rang de ville de passage.
De sa splendeur passée, cette cité endormie n’a conservé que ses nombreuses bâtisses coloniales souvent vétustes.
La France y a oublié ses morts pour la nation dans un cimetière en ruine où les tombes ne portent plus ni plaque, ni date. Des vaches paissent au milieu des caveaux, sans respect aucun pour les colons oubliés.
Depuis le départ des colons, le centre de la ville s’est complètement déplacé. Pour trouver de la vie, il faut rejoindre les axes goudronnés en direction de la gare routière.
En effet, l’ancien quartier français de Bignona, avec son église et ses maisons coloniales, a des allures de villes mortes. Les rues sont désertes, les maisons délabrées quand elles tiennent encore debout.
Dans une ruelle parsemée de petites échoppes, les marchands travaillent le bois, principale ressource de la ville.
L’atmosphère un peu désuète qui règne à Bignona me donne envie d’y prolonger mon séjour. Certes, il n’y a pas grand-chose à visiter dans la ville même, mes toutes les rues semblent regorgées d’histoires.
J’écoute avec passion, Doudou me parler d’Emile Badiane, dont une place et un pont porte le nom. Premier maire de Bignona, Emile Badiane a fondé, en 1947, avec d’autres leaders casamançais, le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC), dont est issu le mouvement indépendantiste qui sévit depuis les années 1980.
A l’indépendance du Sénégal, en 1960, il devient ministre de l’Enseignement technique et de la formation des cadres, sous la présidence de Léopold Sédar Senghor, puis ministre de la Coopération jusqu’à sa mort brutale en 1972.

