De nouveau dans la zone rouge!
19 juin 2010
Après quelques jours de repos à Dakar, je reprends la route, en compagnie de Doudou. Direction la Casamance -région la plus au sud du Sénégal.
«Pour se rendre en Casamance depuis Dakar, il est recommandé de voyager par air ou par mer (liaisons aériennes avec Ziguinchor et Cap Skirring, liaison maritime avec Ziguinchor), précise le ministère français des affaires étrangères et européennes. Les axes routiers entre la frontière gambienne et Ziguinchor sont fortement déconseillés (routes nationale 4 et nationale 5). Des attaques à mains armées y ont encore lieu régulièrement.»
Malheureusement, les liaisons aériennes sont rares en cette période non touristique et l’unique bateau qui réalise le trajet Dakar – Ziguinchor est en réparation pour une semaine. Ce sera donc la route!
«La recrudescence actuelle des attaques armées en Casamance oblige à la plus grande prudence pour les déplacements dans cette région, poursuit le ministère. Tous les axes routiers sont déconseillés, à l’exception de celui reliant les villes de Ziguinchor et de Cap-Skirring. Il est recommandé que les déplacements sur cet axe s’effectuent de jour et si possible en convoi (…) D’une manière générale, il est dangereux de rouler la nuit, de circuler à proximité des frontières avec la Gambie et la Guinée Bissao, et de s’écarter des axes bitumés, en raison du risque lié aux mines.»
Heureusement, je suis accompagné.
Agé d’une soixantaine d’années, Doudou a vécu 40 ans en Casamance, avant de partir à Dakar. «La plupart des chefs rebelles, je les ai connu enfants», aime-t-il à raconter. J’espère que cela suffira à nous protéger.
Nous partons à 22 heures de la gare routière de Grand-Yoff. Le bus qui nous emporte est étrangement moderne. Personne dans la travée centrale, sièges confortables, bonne vitesse de pointe: le trajet commence bien.
Nous n’avons pas encore dépassé Rufisque que déjà mes yeux se ferment. Longeant la Petite Côte jusqu’à l’entrée de Saly, nous obliquons ensuite vers l’intérieur du Sénégal en direction de Kaolack.
Vers cinq heures du matin, nous parvenons à la frontière gambienne. Je m’éveille alors que le soleil, lui, est encore couché. Rangés en file indienne, une dizaine de véhicules patientent que le poste frontière daigne ouvrir ses portes.
Avec sa superficie ridicule (11’000 km2 contre 40’000 km2 pour la Suisse), la Gambie est emblématique de la stupidité des frontières qui divisent actuellement les pays africains. En effet, contre toute logique, l’Etat gambien représente une sorte d’enclave anglophone, à l’intérieur du Sénégal francophone. Ironiquement, les sénégalais surnomment la Gambie «le suppositoire du Sénégal».
Établie en 1889 par un accord franco-britannique, la frontière sénégalo-gambienne délimite un minuscule Etat qui s’étend de part et d’autre du fleuve Gambie, sur une largeur d’à peine 20 à 50 km de chaque côté et jusqu’à 320 km en amont de l’embouchure.
Vers six heures du matin, le poste de frontière ouvre enfin. Pour obtenir un visa de traversée de la Gambie, je dois payer 1’000 francs (1,5 euro) à l’entrée et la même chose à la sortie du territoire.
Alors que les routes sénégalaises sont relativement bon état de Dakar à la frontière, il en est tout autrement en Gambie. Fini le goudron, place à une piste en latérite défoncée et parsemée de nid de poule.
La traversée du fleuve se fait via des bateaux qui transportent à chaque passages deux ou trois camions, ainsi que des voitures. Courte traversée (5 minutes), mais longue attente (plusieurs heures aux périodes pleines).
De l’autre côté du fleuve Gambie, notre trajet se poursuit dans la poussière rouge de latérite qui s’engouffre par les fenêtres ouvertes de notre bus.
Après une demi-heure de route, nous parvenons aux postes frontières marquant la sortie du territoire gambien. A nouveau sur une route goudronnée, nous découvrons alors un tout autre Sénégal: «La Casamance, écrit mon guide, est l’une des plus belles régions du Sénégal avec sa végétation tropicale, dense et luxuriante, ses terres fertiles, ses innombrables cours d’eau et la culture unique de Diola, ethnie la plus importante de la région.»
Mais pour le moment, je suis loin de tout ça. La première impression que donne la Casamance, c’est une atmosphère de guerre avec ses check point, ses militaires en treillis et mitraillette en bandoulière et ses chars parqués dans la brousse.
Nous pénétrons sur la national 4 en direction de Bignona. Selon les dernières informations, c’est sur cette route que les dernières tensions entre les rebelles et les forces armées ont eu lieu. Pour résumer, le mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) réclame depuis le début des années 1980 l’indépendance de la Casamance. Le gouvernement sénégalais refuse. Il en résulte des affrontements armés depuis 1982.
En 2004, un accord de paix a été signé entre rebelle et forces armées. Depuis, les choses se sont un peu calmées, même si les accrochages entre armée et rébellion n’ont jamais vraiment cessé et se sont même multipliés depuis un an.
Pour la plupart, les attaques rebelles se résument à détrousser par la force des armes les véhicules circulant sur les nationales 4 et 5. «On ne sait même pas s’il s’agit de rebelles, ou simplement de voleurs, peste Doudou. Ils prennent les téléphones et le liquides et puis c’est tout. Si on accepte de leur donner, ils vous relâchent. Sinon, ils tabassent.»
Dégât collatéral: les touristes qui étaient si nombreux en Casamance au début des années 1980, ont fuit le territoire classé zone rouge par le ministère des affaires étrangères français. Les habitants souffrent de cette perte de revenus salutaires, cause pour laquelle la rébellion n’est pas très populaire – même en Casamance.

Quelle surprise de voir cet article publié en juin 2010, alors que ces derniers mois, l’armée a « ratissé » la Casamance et que les quelques attaques que l’on observait depuis un ou deux ans, se sont calmées.
Décrire la Casamance comme un pays en état de guerre est abusif.
Je vis depuis troins ans en Basse Casamance et je circule librement de jour comme de nuit. Les convois entre Ziguinchor et Cap Skirring n’ont jamais existé et les problèmes rencontrés sont bien inférieurs à la violence urbaine de la plupart des villes de France et d’Europe.
Il ne faut pas écrire n’importe quoi, la Casamance a besoin du tourisme pour sortir de sa crise.
Merci
Cher Monsieur,
je ne crois pas écrire « n’importe quoi » ou décrire la Casamance comme un pays en état de guerre. Loin s’en faut. Les parties présentant les risques (notamment la recommandation de voyager en convoi) sont le fait du ministère des affaires étrangères français, non mon avis sur la question.
Pour ma part, je reste mesuré et ne décris que ce que j’ai vu, c’est à dire aucun rebelle mais des forces armées très présentes au moins sur la route menant de la Gambie à Ziguinchor.
Je vous conseille de lire la suite de mon récit, notamment l’interview du journaliste Ibrahima Gassama et celles qui viendront un peu plus tard, qui donnent une vision plus mesurée de la Casamance que celle du ministère français.
Cordialement
Bertrand Beauté
Vous avez raison, je ne vous connais pas mais je pense que cette rébellion est loin d’être une affaire des populations de la Casamance car ces dernières ne comprennent rien de cette guerre et tiennent vraiment au retour de la paix. Vous avez constaté depuis très longtemps que les touristes ont quitté cette belle region connue dans le passé pour sa prospérité. Mais aujourd’hui, c’est classée comme un territoire banni. Est ce que la Casamance mérite un tel sort? Pendant plusieurs années de guerre son cas n’a jamais suscité un débat à l’échelle nationale…